Commentaire
La plupart des chansons de Mestijaia sont des histoires brèves, des photos, des messages d’amour glissés sous la porte, sans grand espoir de recevoir une réponse. Ces messages nous transportent au Sud, nous apportent la brise d’autres mers, mais sans oublier qu’ils sont des fruits à "euskal-labela", enregistrés à Hernialde et chantés parfois en euskara.
La joyeuse “Berriro ohera” ouvre cet album avec un trépident rythme et la thématique qui se répète tout au long du disque, selon différents moules : amour, indifférence, rencontres nocturnes… Les trois thèmes suivants, “Berandu”, “8mm.” et “Horregatik”, sont comme des vagues qui jouent avec les émotions profondes et le libre couplet du piano prétend nous libérer de l’épine dont parlent les chansons. Des chansons pour quiconque est capable de danser sans pleurnicher, la tête bien haute.
Le paso doble “Legorreta” nous mène à la rumba “Lekeitio”, l’une des surprises les plus agréables du disque. À partir de ce thème, on voit d’une autre manière ce bouquet de 15 fleurs qu’est "Mestijaia": un voyage de l’intérieur à l’extérieur et de l’extérieur à l’intérieur. « Ojos de avellana » fouille le plus profond, à tel point qu’il faut s’accrocher à la vibrante guitare pour soulager la souffrance de l’épine qui nous traverse, impassible.
Les deux suivants, “Zoramena” et “Gerria mugitzen”, sont des chansons de celles qui se chantent la chemise sur l’épaule, dans des salons à demi-vides, le piano au fond et le rythme des maracas qui accompagnent le ronron de l’air climatisé. Les sympathiques refrains et le dédain de “Muere la noche” et de “Fuego” montrent le côté le plus typique de Mal de Ojo, le torse nu et chaque grain de beauté à sa place. “En recuerdo de tu amor” est le dernier mal d’amour, qui nous est guéri avec une douce petite rumba. Et, pour terminer, la clôture métisse qui donne nom au disque, "Mestijaia". Métissage, dans ce cas, de bertsolaris et de rumberos. On sait que le chêne n’est pas palmier, mais c’est cela qui est curieux, une nouvelle amitié a surgi et Mestijaia n’en est qu’un exemple.
Après avoir secoué pendant dix années les racines musicales, MDO se maintient la tête bien haute, tel que le montre ce "Mestijaia", fusion de métissage et de joie. Et il ne faut pas oublier que Mal de Ojo est un groupe de planches ou de cabaret, qui s’est forgé au contact avec le public, sur des places et dans des antres, et que c’est là que ses membres se trouvent le plus à l’aise et où ils pensent continuer, tant que le sang coulera dans leurs veines.

