ORCHESTRE NOCTURNE (Gaueko orkesta)
Finies les nuits joyeuses, lorsque l’éclat nous aveuglait,
lorsqu’on osait encore parler clair et sans culpabilité.
Les vêtements étaient confortables à l’époque, et les rêves aussi,
les ponts qui traversaient la rivière du risque étaient encore solides.
Le temps était flexible et nos rires sains,
j'aimais tes bottes et tes airs audacieux.
Le monde était plus petit et plus audacieuse la vie,
les autobus passaient par ici toutes les heures.
Je te serrais contre moi lorsqu’on allait danser dans ce
nouveau bar,
on t’appelait Arkansas et on faisait des sculptures avec Karmelo
sur la place de Santiago.
On vivait hors des lois divines et on était bons, bons
réellement et grands…
RIRES VIDES (Algara antzuak)
Un malaise persistant m’opprime depuis quelques jours,
j'étouffe sous le poids de la culpabilité, de l’odeur nauséabonde
des souvenirs, tout est arrivé au cours d’un voyage fou. L’alcool
m’a libéré excessivement la langue et je regrette d’avoir dit la
vérité. Je du mal à vivre ces dernières années. J’ai l’air de chercher quelque chose
et à la fois de n’avoir rien à trouver.
Je suis vide, tellement vide que je pense que ni la vie vaut la peine.
Lorsque le sommeil arrive, j’ai peur, et je vis avec l’espoir
d'habiter un endroit éloigné et solitaire.
Je ne me plais pas, et vous tous me semblez inutiles, vous ne m’offrez
que des rires vides.
Deux nuits sans dormir… que dire …à qui parler ?
DRAPS BLANCS (Izara txuriak)
Draps blancs dans les mains, suspendus à la fenêtre de l’air nouveau,
et encore endormi dans le lit le peu qui reste de toi. Tu ne peux pas
chasser l’ombre.
Et tu ne sais pas si c’est bien ou mal. Les inconnus qui passent à côté
de la rivière te disent que oui, mais ils utilisent un parfum étrange.
Il y a des voitures neuves partout, mais seul le chemin de l’eau reste,
et les ignobles goélands le savent, et disent : il vaut mieux attendre.
Les méchantes sœurs s’embrassent dans le lit propre, et rien ne bouge à la fenêtre
de l’air nouveau, tout expectant. Tu ne peux pas chasser l’ombre.
LE BAR DE BORIS ( Borisena)
Le bar de Boris était fermé, impossible de prendre un " blanc ", et tes yeux se sont fatigués
soudain à cause de la lassitude de la vie. Dans la voiture on se sentait
étrangers et vides et on a essayé de prendre un verre ailleurs, mais c’était dimanche, le zéro de la
semaine et il n’y avait personne dans la rue. Tu avais froid mais il y avait assez de chaleur dans ce
monde pour te réchauffer. " Aujourd’hui, je n’ai pas pu dormir " tu m’as dit, pendant qu’on achetait
des bouteilles de gin à la station-service. Et malgré tout tes yeux fermés par la
fatigue du monde. Soudain tu t’es souvenu de vacances lointaines, où tu
dormais au bord d’une rivière. Et tu t’es demandé à qui appartenaient ces souvenirs, qui était
cet enfant aux grands yeux et propres, pas encore fatigués par le monde et qui te regarde
sur une vieille photo dans la maison de ta mère. " Aujourd’hui, je n’ai pas pu dormir " tu m’as dit,
pendant qu’on achetait des bouteilles de gin à la station-service.
LA VITESSE , L’ANXIÉTÉ ET MOI (Abiada , antsia eta hirurok )
La nuit bien souvent devient un problème entre mes mains. Il est trois heures du
matin et je vais direction Donostia. C’est déjà dimanche et les gens de bien dorment. Le
temps maudit défigure tout, la vitesse, l’anxiété et moi, nous sommes en voyage. J’allume
une cigarette avec le mégot de l’autre. Tu m’attends à Donostia, j’ai pris une chambre
dans un hôtel, dans ma confusion mentale je pense que ce sera une nuit extraordinaire, mais tu
te surprends en me voyant, et moi je me surprends de mon état. " J’ai laissé à Bilbao mon
authentique être ", je te dis en rigolant, mais c’est absolument vrai.
DANS L’ABÎME DE LA NUIT (Gauaren amildegian)
Les chiens écrasés hurlent sur la route sombre. La nuit se balance sous
mes yeux comme un cadeau cassé. Des poètes trop bons, trop géniaux écrivent
des poèmes dans l’abîme de la nuit. Personne n’avance, tout reste immobile, il y a longtemps que
nous sommes Dieu. Le passé est une cour sombre, il n’y a là que des souvenirs suspendus, le
futur n’existe pas, le présent c’est moi.
LE CAHIER DE PLINE L’ANCIEN (Plinio zaharraren kaiera)
Un chat, une maison, des arbres, des montagnes, la terre, du lait, le soleil, des nuages rouges, des cendriers, des pierres,
la pensée, des bruits, la vie, un endroit, le bourdonnement d’un insecte, des fenêtres, du pain, la vérité. Un chat, une maison,
des arbres, de l’ail et des fleurs, un tapis, des draps qui sèchent, le vent , le bruit des feuilles, des abîmes, la hauteur,
l’esprit, des anges, la musique, un chien apeuré, de nouvelles cheminées, un brouillant poulailler,
des hommes et des femmes… Je n’ai rien vu d’autre dans les terres barbares (Pline l’Ancien, le 15 août
2002)
CHEZ ALBERTO (Albertoren etxean)
Qui représentera ce qui aurait pu exister entre nous ? J’ai achevé toutes mes
cigarettes et on ne m’en donne plus au bar. Mes bagages je les ai laissés chez Alberto et
je n’ai pas envie de les prendre. Je suis dans la voiture et je pars, si je reviens un jour je dormirai là.
J’ai pris les comprimés de ma vieille et la tête me comprime légèrement, je sens ainsi mon
âme, dehors, qui vole. Qu’est-ce qui s’écrit avec " h " et avec " z " ? Est-ce que j’ai mal écrit mon
nom et ma vie ? Paie-moi un autre, il n’est pas encore trop tard, je n’ai pas de bagages et j’ai la
sensation d’avoir perdu quelque chose.
FLEURS SUR LA ROUTE (Loreak errepidean)
Je prends la voiture pour aller faire un tour, et je vois qu’on déposé des fleurs à tous les virages, sur la
barrière en métal, en souvenir de ceux qui sont morts là. Et je les regarde en passant et je
remercie ceux qui les ont déposées car moi aussi je meurs dans tous les virages, à chaque
virage. Et je suis là, à tous ces virages, faisant de l’autostop à la vie qui
passe toujours trop vite. Moi.
Longue est la route, oui,
même si on la parcourt en un moment,
le défi c’est d’être voyageur à pied
plein, décidé
sans perdre dans la noire cime du doute le souffle.
Et au bord de la route il y a toujours un arbre
Quelque fois modeste, d’autres svelte,
racines profondes, tu sens la terre que tu es,
branches étendues, ailes aux quatre vents,
tantôt refuge protecteur,
tantôt pulsion d’aventure permanente.
Le voyage est long, court
traversée de douleur et de joie,
aller, toujours solitaire allant.
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